samedi 22 septembre 2012

Nouvelle à trente mille pieds



L’avion est à quelque part au-dessus du Pacifique, à moins que nous survolions l’Alaska ou la péninsule du Kamtchatka. Du haut des airs, pourquoi ne pas écrire une nouvelle?
Rêveur d'occasion

La nuit dernière, j’ai eu un rêve. En général, au réveil, mes songes ne sont que vagues souvenirs, mais celui-là était clair. Mon amie Lydia adore les interpréter, les siens comme ceux des autres, mais je n’y crois pas tant. Je refuse d’admettre qu’ils ont tous un sens, et que ce sens est nécessairement compréhensible, susceptible d’être disséqué. Quoi qu’il en soit, voici ce qui m’est apparu.

Je me trouve dans la chambre de mon ancien colocataire. Je passe à la cuisine, où il est à table, une tasse de café surdimensionnée à la main. Sans me fixer du regard, il me dit que j’ai manqué mon rendez-vous. Il ajoute que ce rendez-vous était important, mais que c’était moi qui devais en déterminer le contenu. Je me retrouve ensuite comme téléporté dans un grand parc. Un homme en complet-cravate me tend une grande cuillère. Il me dit de me dépêcher avant que la crème glacée ne soit fondue. Je me réveille.

Je ne sais qu’en penser. J’ignore même si je devrais en penser quoi que ce soit. Il semble s’agir d’occasions manquées, mais aussi de la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir été incapable de saisir ce qui était à ma portée. J’aime ce que je fais, j’ai de bons amis, je mène une vie confortable, d’autres ont beaucoup moins de chance.

Dans ma propre chambre cette fois, dans l'appartement où j'habite désormais seul, je passe à la cuisine. J’allume la machine à café. Rythmé par le plic-plic du percolateur, je prépare mon dîner pour la journée, un sandwich à la salade de thon, accompagné de crudités et de frites-maison, restants d’hier. Je me verse une tasse de café, y ajoute un nuage de lait, puis mets deux tranches dans le grille-pain. Déjeuner d’usage. Nourri, je passe à la salle de bains pour la routine hygiénique du matin.

Au moment de franchir la porte d’entrée, en route vers le bureau, je repense un instant au rêve et à ma situation. Mon travail me plaît, il offre de bonnes conditions et un avenir assuré, je m’entends bien avec mes collègues. J’ai bien eu quelques fantaisies de jeunesse, mais elles ne mettent pas de pain sur la table, n’achètent pas la tranquillité matérielle et d’esprit. Je hausse les épaules, presque imperceptiblement, puis je me dirige vers mon vélo, promis à une autre belle journée, le rêve presque relégué aux oubliettes de l’esprit.

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