dimanche 30 septembre 2012

Une semaine

Par typhon balayé
Dehors faisant rage
De peur de m'envoler
Halte! la course à pied
Ainsi j'ai failli à l'hebdobjectif jogging, n'y étant allé qu'une fois plutôt que deux. Les imprévus sont au rendez-vous lorsqu'on attend à la dernière minute.

N'empêche que demain marque mon retour aux leçons de japonais, après plus d'un mois d'absence. Mardi suivra le retour au gym, après une pause de durée semblable. Ainsi je serai entièrement revenu à ma routine de vie, et les objectifs quotidiens et hebdomadaires imposés la semaine dernière prendront tout leur sens, course comprise, of course.

Il faut dire que, jusqu'à présent, je suis plutôt satisfait de mon rendement à la lumière des buts fixés. Je ne les ai pas tous atteints, mais je les garde à l'esprit, si bien que l'échec d'un d'entre eux ne manque pas de susciter une petite déception, déception qui me pousse à me ressaisir la journée ou la semaine suivante. J'amorce cette deuxième semaine dans l'espoir et avec la volonté de poursuivre sur ma lancée. Il y a d'ailleurs le lit qui m'attend, si je souhaite dormir mon quota horaire.

Crustacérigène

Il me dit que ses prochaines vacances se dérouleront à Hokkaido.

Je lui demande ce qu'il compte y faire.

Il me dit qu'il se régalera des fruits mer qui en font la renommée, dont notamment du cancer.

Du cancer? Je lui explique la distinction entre cette vilaine maladie et le crustacé à la chair prisée, tout en lui précisant qu'il n'était pas si loin du compte, ces deux mots étant étymologiquement liés.

Il se reprend et utilise le bon terme. Le cancer vaincu, le cours poursuit son cours.

vendredi 28 septembre 2012

Conduite de permis

J'ai péché par excès d'optimiste. Malgré cinq heures de déplacement et d'attente, je reviens les mains vides, alors qu'elles devaient fièrement brandir un permis. Ne pouvant légalement saisir un volant, abattues elles devront se rabattre sur mon guidon.
Difficile de l'admettre, mais la faute me revient essentiellement, par préparation hâtive et vaniteuse, avec mention spéciale à certains pourvoyeurs d'informations erronées.

C'est que la Fédération automobile japonaise, là où je croyais à tort pouvoir tout régler, ne propose en fait qu'un service de traduction de permis de conduire. Au téléphone hier avec une responsable, j'ai pourtant cru avoir demandé clairement quels étaient les documents requis pour obtenir un permis japonais, et non pas simplement pour la traduction.

Arrivé sur place, j'apprends qu'il me faudra ensuite aller au véritable bureau de délivrance des permis, à condition d'être muni de tous les documents requis. Et quels sont-ils? On me répond photo, permis canadien et sa traduction, passeport et carte de résident étranger. J'ai tout ça. Je sors de l'immeuble et à bicyclette je fonce. Situé à six kilomètres au sud, le bureau des permis ferme dans une heure.

Vingt-cinq minutes plus tard m'apparaît un bâtiment terne de trois ou quatre étages. Le répartiteur à l'entrée me dit de me rendre au guichet 26 du deuxième étage. J'y prends mon numéro, le quatorze. Presque immédiatement on m'appelle. Le pavé dans la proverbiale mare : il me manque la preuve de résidence, à obtenir auprès de l'hôtel de ville de Shinjuku, mon arrondissement. Qu'importe que la carte de résident étranger indique mon adresse et que cette preuve s'obtient pour une chanson, sans vérification rigoureuse. Ce document est à l'obtention d'un permis japonais ce que l'essence est à la voiture, c'est-à-dire essentiel.

Au lieu de m'envoyer à la maison sur-le-champ en me disant de revenir avec un dossier complet, on me fait poireauter plus de deux heures pour ensuite m'envoyer à la maison me disant de revenir avec un dossier complet. Misère.

J'ai avoué en début d'entrée m'être rendu coupable d'optimisme excessif, mais parfois il est impératif de trouver un angle positif, aussi insignifiant soit-il, à pareille mésaventure. Devoir retourner là-bas implique presque trente kilomètres de vélo. Une balade fantastique à refaire. Quelle chance, quel privilège!

jeudi 27 septembre 2012

Autokyo

Perception présumée que les Japonais entretiennent des conducteurs étrangers.

Ce que je vais faire demain aurait dû être accompli depuis plusieurs tours de piste. M'enlevant les doigts du nez, comme ma mère dirait, j'appuierai finalement sur le champignon en allant obtenir mon permis de conduire japonais. Il m'aura fallu presque deux ans; quel chauffeur du dimanche. Le fait de m'être retrouvé trois semaines au Canada, où le bolide est roi, en panne de conduite pour cause de permis ontarien laissé au neutre à Tokyo, y a peut-être été pour quelque chose.

Heureusement qu'il existe un accord de transfert entre le Canada et le Japon, qui me permettra d'éviter le test écrit et celui de conduite, obligatoires pour les Américains. Qu'importe qu'ici à l'envers on conduit, pour être habilité à prendre le volant, il suffira, en principe, de soumettre un formulaire dûment rempli au bureau des permis, de payer trois mille yen en frais de traduction de mon permis canadien, et de subir un test de la vue. Je précise en principe car la bureaucrasse a la manie de réserver des faux départs, de provoquer des sorties de piste, de nous sortir des histoires sans queue ni tête, sources de tête-à-queue. Il s'agira de faire le plein de patience sans aplomb, et je devrais être en voiture, chaud à l'idée d'être chauffard légalisé.

mercredi 26 septembre 2012

Les hebdos

Après avoir établi mes objectifs quotidiens, que je parviens à atteindre jusqu'à présent, heureusement parce qu'ils n'existent que depuis trois jours, le moment est venu de déterminer des objectifs hebdomadaires. Ils ne se répartissent qu'en trois volets pour l'instant; d'autres viendront probablement.

Forme physique

Aller au gym deux fois, idéalement trois. Faire de la course à pied deux fois, pour un total de vingt kilomètres. 

Cet objectif se divise en deux sous-objectifs, celui de la course que je m'impose depuis quelques années déjà, et celui de l'entraînement en salle, que je ne n'ai commencé à faire assidûment qu'au printemps dernier. Dans le mois et demi précédant mon voyage au Canada, j'en étais effectivement à trois séances en salle, généralement couronnées de dix minutes de vélo stationnaire à haute intensité, pour pallier l'absence de jogging, lequel était rendu risqué par l'accablante chaleur estivale. Les températures adoucies, je compte me remettre à courir. 

Je suis conscient qu'il s'agit là d'un objectif ambitieux. L'un ou l'autre de ses volets pourrait donc écoper dans le cadre d'une révision à la baisse.

Alimentation

M'abstenir pendant trois jours de toute consommation d'alcool

Pour mieux apprécier le pouvoir rafraîchissant et détendant d'une boisson digne de ce nom, mieux vaut s'en priver à l'occasion. L'alcool revient cher, il déshydrate et entraîne une gueule ligneuse, il n'est pas tendre envers le système digestif et la santé en général. M'épaulent dans cette démarche les bières japonaises qui, par contraste avec certains des plus beaux joyaux microbrassicoles québécois dont je me suis délecté pendant trois semaines, me semblent fades et sans personnalité.

J'en suis déjà à trois jours de tempérance cette semaine, alors c'est mission accomplie! Sabrons le champa... euh, infusons la tisane!

Apprentissage

Consacrer une heure de révision et de préparation le jour précédant chaque leçon de japonais

La semaine prochaine je reprends mes leçons privées à raison de deux par semaine, les lundis et mercredis matin. Souvent par le passé, je m'en voulais de ne pas arriver bien préparé à mes cours, ce faisant ayant l'impression de perdre mon temps et celui de l'enseignante.

Je me suis inscrit au troisième niveau de l'examen national d'aptitudes linguistiques japonaises, qui aura lieu début décembre. Cet objectif clair à horizon déterminé devrait progressivement me réchauffer le postérieur de la motivation à mesure que les températures extérieures chuteront. J'espère pouvoir triompher de cet examen, de le pourfendre d'un habile coup de sabre, avec lequel je sabrerai le champagne de la victoire, car après tout il n'y a rien de mal à un petit verre pour souligner les grandes occasions. Kanpai!

mardi 25 septembre 2012

Congé allongé

Après trois semaines consacrées à ma terre natale et aux êtres chers qui l'habitent, je remets les pieds au Japon vendredi dernier en milieu d'après-midi. Ma copine vient me cueillir à l'aéroport. Je suis heureux de la voir, mais aussi ralenti par le décalage horaire et le vol transpacifique.

Pour rendre bien brutale ma réinsertion dans la vie japonaise, j'ai prévu de revenir au travail dès samedi matin, moins de vingt-quatre heures plus tard. En général, mon horaire m'est envoyé vers 18h30, le jour précédent. Luttant contre le sommeil alors que nous sommes attablés au restaurant de cuisine d'Okinawa, je le reçois finalement, bien après 20h. Surprise! aucune leçon n'est prévue samedi. Confus, je consulte le dimanche, où, comme prévu, neuf leçons sont inscrites. Quelle qu'en soit la cause, je me sens soulagé de pouvoir bénéficier de ce congé imprévu, d'un sursis surprise.

Revenus chez moi, nous consultons le calendrier pour constater qu'il fallait blâmer ou remercier, c'est selon, l'équinoxe d'automne, le shubun-no-hi (秋分の日), un congé férié nippon parmi tant d'autres, mais le premier que je vois coïncider avec un samedi. C'est donc dire qu'il aurait fallu que j'inscrive mon nom sur une fiche dans le local des employés pour travailler ce jour-là.

Nous nous couchons tôt, heureux à l'idée de pouvoir partager la grâce matinée le lendemain. Un beau samedi nous attend au bout d'une longue nuit de sommeil, dont elle et moi avions bien besoin. Entendant une petite foule depuis ma fenêtre, nous allons à la rencontre d'un groupe de jeunes du quartier transportant l'omikoshi (御神輿), le sanctuaire portatif d'un temple local. Nous suivons la procession qui progresse lentement dans les rues avoisinantes. Lorsque le groupe s'immobilise pour une pause-rafraîchissements, l'un de ses responsables vient nous servir un verre de bière. Pas de doute, nous cadrons bien dans le quartier!

Tout simple, le bonheur est parfois l'équivalent d'un équinoxe d'automne qui nous chante la pomme.


lundi 24 septembre 2012

Récaptitude

L'heure est venue du premier bilan, au bout d'à peine vingt-quatre heures. Une période si courte n'est en rien significative, mais il importe de savoir tôt si mes objectifs quotidiens conviennent, quitte à corriger le tir, chemin faisant. Certains pourraient se révéler trop faciles ou trop ardus, d'autres mal adaptés à un horizon journalier. Voyons voir.

Gestion du temps

Consulter mes courriels uniquement si je suis disposé à y répondre sur-le-champ.

Je ne me souviens pas d'avoir reporté ma réponse aux quelques courriels reçus aujourd'hui. Pour tout écrire, j'ignore si l'existence de cet objectif y a changé quoi que ce soit. Même s'il est valide, car j'ai tendance à souffrir de procrastination courrielesque, je le juge désormais inadéquat. Il s'agit plutôt d'un objectif permanent, ou de tous les instants, si j'en viens à créer pareille catégorie, laquelle se peuplerait assez facilement d'autres comportements qui persistent et signent sans fierté.

Il s'agit donc de trouver un nouvel objectif. Le voilà :

Ne pas gaspiller plus de cinq minutes sur les sites temporivores avant d'amorcer tout travail à l'ordinateur. 

Par temporivore, mot de mon cru à la manière d'énergivore et d'omnivore, j'entends sites sociaux, d'information et de divertissement, véritables gouffres où disparaît à tout jamais mon temps libre. Moins j'y procrastine, plus productif je suis, et plus de temps je puis consacrer à de véritables passe-temps et à ceux qui le méritent.


Apprentissage

Consacrer vingt minutes à l'approfondissement de mon vocabulaire japonais.

J'ai bel et bien passé une vingtaine de minutes d'études du vocabulaire au moyen du site iknow.jp, le meilleur outil que j'ai pu trouver jusqu'à présent. L'objectif Apprentissage sera sans doute adapté dans les semaines et mois à venir, au cours desquels j'envisage de redoubler d'ardeur et de sérieux dans la maîtrise de cette langue loin du latin.


Sommeil

M'accorder une nuit de sommeil d'au moins sept heures.

En réglant mon réveille-matin à neuf heures, j'avais prévu sept heures de sommeil bien sonnées. Mais puisque que je suis récemment revenu du Canada, le décalage horaire m'a joué un vilain tour, car à sept heures trente le sommeil n'était plus qu'un rêve. J'avais toutefois bénéficié d'une grande sieste en début de soirée, pour une durée totale d'environ sept heures trente, bien qu'un somnologue pourrait avancer que nuit écourtée précédée d'une sieste ne vaut pas dodo ininterrompu. Une fois recalé dans mon fuseau, cet objectif devrait être à meilleure portée.


Écriture

Me remettre à contribuer quotidiennement au blogue.

De toute évidence, la rédaction même de ces lignes, et leur publication imminente, sont preuves de réussite et d'adéquation.


Forme physique

Effectuer au moins 100 pompes.

J'en ai déjà fait la moitié, et je devrai en faire autant avant de me mettre au futon. À la fois facilement réalisable tout en demandant un certain effort, cet but convient pour l'instant. La forme physique devrait également occuper une place importante dans mes objectifs hebdomadaires, que je devrais fignoler sous peu.

dimanche 23 septembre 2012

kaizen

Depuis un certain temps, je dois avouer ne pas avoir été tout à fait satisfait de ma personne.

Mes habitudes de vie, je remarque que les bonnes se perdent, les mauvaises perdurent.

Je passe trop de temps à perdre mon temps, pas assez à apprendre et me rendre utile.

Mes nuits sont trop courtes, mon régime d'exercice physique est carencé, mieux manger et moins boire ne feraient pas de tort.

Afin d'atténuer le choc d'un effort trop radical, j'ai décidé de m'imposer quelques objectifs quotidiens, à la fois modestes et atteignables. À moi de les réaliser et d'en effectuer le suivi, lui aussi quotidien. Viendront ensuite les objectifs hebdomadaires, ainsi qu'à moyen et long terme. Les voici donc, bien entendu provisoires et sujets à modifications, sous forme esthétiquement plaisante de pyramide inversée.


Gestion du temps

Consulter mes courriels uniquement si je suis disposé à y répondre sur-le-champ.

Apprentissage

Consacrer vingt minutes à l'approfondissement de mon vocabulaire japonais.

Sommeil

M'accorder une nuit de sommeil d'au moins sept heures.

Écriture

Me remettre à contribuer quotidiennement au blogue.

Forme physique

Effectuer au moins 100 pompes.

samedi 22 septembre 2012

Nouvelle à trente mille pieds



L’avion est à quelque part au-dessus du Pacifique, à moins que nous survolions l’Alaska ou la péninsule du Kamtchatka. Du haut des airs, pourquoi ne pas écrire une nouvelle?
Rêveur d'occasion

La nuit dernière, j’ai eu un rêve. En général, au réveil, mes songes ne sont que vagues souvenirs, mais celui-là était clair. Mon amie Lydia adore les interpréter, les siens comme ceux des autres, mais je n’y crois pas tant. Je refuse d’admettre qu’ils ont tous un sens, et que ce sens est nécessairement compréhensible, susceptible d’être disséqué. Quoi qu’il en soit, voici ce qui m’est apparu.

Je me trouve dans la chambre de mon ancien colocataire. Je passe à la cuisine, où il est à table, une tasse de café surdimensionnée à la main. Sans me fixer du regard, il me dit que j’ai manqué mon rendez-vous. Il ajoute que ce rendez-vous était important, mais que c’était moi qui devais en déterminer le contenu. Je me retrouve ensuite comme téléporté dans un grand parc. Un homme en complet-cravate me tend une grande cuillère. Il me dit de me dépêcher avant que la crème glacée ne soit fondue. Je me réveille.

Je ne sais qu’en penser. J’ignore même si je devrais en penser quoi que ce soit. Il semble s’agir d’occasions manquées, mais aussi de la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir été incapable de saisir ce qui était à ma portée. J’aime ce que je fais, j’ai de bons amis, je mène une vie confortable, d’autres ont beaucoup moins de chance.

Dans ma propre chambre cette fois, dans l'appartement où j'habite désormais seul, je passe à la cuisine. J’allume la machine à café. Rythmé par le plic-plic du percolateur, je prépare mon dîner pour la journée, un sandwich à la salade de thon, accompagné de crudités et de frites-maison, restants d’hier. Je me verse une tasse de café, y ajoute un nuage de lait, puis mets deux tranches dans le grille-pain. Déjeuner d’usage. Nourri, je passe à la salle de bains pour la routine hygiénique du matin.

Au moment de franchir la porte d’entrée, en route vers le bureau, je repense un instant au rêve et à ma situation. Mon travail me plaît, il offre de bonnes conditions et un avenir assuré, je m’entends bien avec mes collègues. J’ai bien eu quelques fantaisies de jeunesse, mais elles ne mettent pas de pain sur la table, n’achètent pas la tranquillité matérielle et d’esprit. Je hausse les épaules, presque imperceptiblement, puis je me dirige vers mon vélo, promis à une autre belle journée, le rêve presque relégué aux oubliettes de l’esprit.

mercredi 19 septembre 2012

Vers la fin

Comme dernier droit au voyage, je suis de passage à Toronto chez mes amis Jérôme et Jeremy. Arrivé de Montréal dimanche soir en compagnie de mon amie Karine, heureuse d'être du voyage et assez gentille pour m'avoir conduit, on nous a servi un excellent souper au 565 Ossington, mon ancienne adresse.

J'ai pu y voir de nombreux amis, rencontrés au gré de mes cinq années en Ontario. Ils me manquent terriblement, et je perçois que le sentiment est réciproque. Cette ville n'est plus mienne, comme Shawinigan, Trois-Rivières et Québec ont auparavant cessé de l'être, mais elle habitera toujours mes souvenirs.

Trois semaines à aller un peu partout à la rencontre de famille et d'amis, c'est à la fois long et court, exténuant et vivifiant. J'ai dormi à neuf endroits différents, généralement des nuits trop courtes, et celle-ci ne fera pas exception; j'ai parcouru des centaines de kilomètres sur les routes; j'ai pu voir mes parents et grands-parents, surtout ma mère dont la retraite récente était à célébrer; j'ai fait de l'exercice, pas assez, j'ai profité de bonnes choses, un peu trop.

C'est la fin d'un beau voyage, mais aussi le retour à ma vie, à une régularité qui sera bienvenue. D'ici là, Montréal m'attend pour une dernière nuit, et à l'aéroport Narita ma belle m'attendra pour longtemps.




jeudi 13 septembre 2012

Parlotte

En compagnie de mon ami Jean-Philippe, dont le groupe Adam Strangler a été invité à la finale de Planet Rox, je me dirige vers Québec. Ce concours de la relève, auquel sont invités des groupes de diverses régions, a lieu lors du lancement du festival Envol et Macadam, au Cercle, belle salle du quartier Saint-Roch.

Les organisateurs prononcent leurs discours de bienvenue, puis on se rue sur la nourriture, assurée par un service de traiteur.

Je remarque quatre gars à l'apparence asiatique, plus précisément au style et à la coupe de cheveux japonais. Je vais leur adresser la parole dans la langue que je suppose qu'ils parlent, et ils me répondent, surpris!

Je suis heureux de pouvoir m'exercer, tout comme j'imagine qu'ils sont surpris d'être abordés par un blanc-bec en mesure d'utiliser leur parler, certes de manière perfectible. Plus tard je rencontre les membres d'un groupe italien, et bien qu'à prime abord c'est plus ardu, mon contact avec la culture italienne remontant à plus belle lurette, je finis par retrouver mes repères langagiers et me mets à  converser dans la langue de Dante avec plus d'aisance, en employant expressions et mots crus qui me viennent graduellement en tête. Cela les fait rigoler; j'en ai la cocologie stimulée.

Somme toute, il s'agissait là d'un séjour fructueux. Jean-Philippe et son groupe ont remporté les grands honneurs, tandis que moi j'ai été gagnant sur toute la ligneguistique.


mercredi 12 septembre 2012

Plein les poches

Je suis chanceux jusqu'à présent. Je n'ai subi qu'une seule journée de mauvais temps depuis le début de mon séjour au Canada. Ça s'est passé alors que j'étais au centre de rénovation en compagnie de ma mère et mes grands-parents. Ces derniers aménageant bientôt dans une résidence, nous étions en train d'acheter un plafonnier et des articles de décoration.

Nous en sommes à comparer les tableaux destinés à leur cuisine lorsque l'orage entraîne une panne de courant. Pendant une vingtaine de secondes, c'est la noirceur presque totale, le temps que les génératrices prennent le relais. L'éclairage revenu, mon grand-père Romuald y va d'une remarque qui me fait rigoler. On aurait dû se mettre quelque chose dans les poches pendant qu'il faisait noir!

Le poids des années a beau le ralentir sur le plan physique, il n'a rien perdu de sa verve. Nos emplettes complétées, nous retournons dans leur domicile, théâtre des Noëls, Pâques et Actions de grâce de mon enfance. À mon prochain passage, aux Fêtes, ils auront déjà déménagé, et leur maison n'en sera qu'une parmi d'autres, habitée par des inconnus. Elle ne sera plus là, mais eux y seront toujours. À bientôt grand-papa et grand-maman.

lundi 10 septembre 2012

S'y remettre

J'ai beau diffuser mes écrits sur une tribune publique, j'en viens parfois à oublier qu'on me lit. Depuis mon arrivée au Canada pour un passage de quelques semaines, dès qu'un ami ou un membre de ma famille mentionne mon blogue, de manière générale ou en lien avec une entrée précise, je me rappelle que ma fréquence de contribution a diminué considérablement depuis le début de l'année.

Le coup a été particulièrement dur hier, lorsque ma grand-mère Gertrude m'a exhorté à être plus assidu, à cesser de faire preuve de paresse. Vous avez raison grand-maman. Je dois me ressaisir, et ça commence maintenant, pour vous comme pour moi.


jeudi 6 septembre 2012

Faire mouche

Je passe la fin de semaine du Travail avec mes amis trifluviens. Les Massicotte ont trois chalets dans la ZEC du Gros brochet.

Nous sommes dix-sept, une édition record. Ensemble, au matin nous déjeunons, puis viennent le bûchage de bois, la baignade, les balades aux commandes de divers engins, la détente, la bonne chère.

Le dimanche, en compagnie de Serge, le patriarche, et de Rafaël, son fils et frère de mon ami Charles, nous allons à la pêche. Notre destination est le lac Mush, riche en brochets. Pendant plus d'une heure où nous en faisons le tour, père et fils pêchent tous deux quelques spécimens, tandis que rien ne mord pour moi.

Vers la fin, tout près d'où nous avons mis la barque à l'eau, je me prépare lentement à revenir bredouille. Je me dis qu'il s'agit là d'un moment plaisant, inutile de s'en faire, en pensant qu'une belle prise in extremis me ferait du bien.

Oh, ça mord! Je rembobine mon fil de pêche puis m'apparaît un beau brochet, plus gros que les six ou sept ferrés par mes deux comparses. Au moment de l'embarquer, Serge remarque la mouche qu'il avait perdue le jour précédent, toujours enfoncée dans la gueule du monstre. Le chenapan l'avait subtilisée! Serge reprend son dû, me tend le poisson le temps d'une photo, et hop remis à l'eau. À la partie de pêche, j'ai fait mouche.


lundi 3 septembre 2012

Somnolence

Aéroport international de Narita. Je prends ma place dans l'avion qui m'amènera à Los Angeles. Le siège du milieu, honni, m'est imposé par la machine à cartes d'embarquement. Heureusement, la personne devant occuper celui de l'allée ne se matérialise pas. Je le lui ravis. Les absents ont toujours tort. Je préfère cette place, de laquelle le petit coin m'est accessible sans entrave.

Prenant place dans le siège de l'autre coté de l'allée, un peu devant, elle enfile des chaussettes et pantoufles de vol, puis s'endort peu après.

Elle entre à nouveau dans mon champ de conscience lorsque je remarque son oreiller cervical tombé au sol. Je le prends et l'insère dans l'accoudoir de son siège, car elle dort toujours.

À deux autres reprises elle refait le coup, inconsciemment. Lorsque vient le tour du cellulaire, qui en rebondissant atterrit à mes pieds, je me dis qu'elle est probablement sous l'influence de somnifères. Elle le reprend en s'excusant.

Le clou vient au moment du petit-déjeuner, une heure avant notre arrivée à l'aéroport LAX. En essayant d'ouvrir le sachet contenant un petit pain, elle tire trop fort. Le sac fend d'un coup, son contenu est projeté sur mes jambes. Du visou sans le vouloir.

À nouveau elle s'excuse abondamment, mais cette fois-ci nous nous moquons du caractère ridicule de cette situation.

Nous nous parlons dans la file des douanes. Elle est surprise que je puisse m'exprimer en japonais. La conversation se déroule bien. Elle est jolie. Elle me confirme que sa maladresse était bien l’œuvre des somnifères. Elle me dit qu'elle a vécu à Los Angeles il y a dix ans et qu'elle doit aller louer une voiture. Je l'invite à me montrer la ville, elle accepte. C'est vers Santa Monica qu'elle m'amène, par un temps radieux et surtout sec, sublime contraste à la chaleur étouffante de Tokyo.

En japonais, l'expression itchigo-itchié (一期一会) désigne les rencontres fortuites qui n'arrivent qu'une fois, et donc qu'il faut chérir. En ramassant une oreiller, un téléphone et un petit pain, j'ai récolté d'un tour de ville en bonne compagnie. Itchigo-itchié en effet.