mercredi 10 avril 2013

Pimenter



Je prends place dans le restaurant de pâtes. Ma dernière visite remonte à des lustres. D'un simple coup d’œil sur l'étiquette, je me rappelle cette sauce d'origine mexicaine parfaitement épicée. J'en étais friand à Toronto, mais ici, impossible de s'en procurer au détail, et il s'agit d'un des rares établissements de Tokyo à l'offrir.

J'ose demander au serveur si la clientèle peut en acheter, et je suis surpris de l'entendre répondre par l'affirmative, après consultation avec les cuisiniers. Chaque bouteille se détaille à 280 yens, soit trois dollars à peine. Je lui en commande trois, bien heureux de me pourvoir d'un produit à même d'ajouter un peu de piquant à la vie, littéralement.

Il me revient quelques minutes plus tard, l'air désolé, avec comme seul offrande une bouteille à moitié entamée. Je le vois venir. 

Puisque nous sommes pratiquement en rupture de stock, j'ai le regret de vous annoncer que nous ne pouvons vous en vendre.

Je pointe la bouteille qu'il vient de m'apporter, à moitié pleine ou à moitié vide, en fonction de votre perspective générale sur la vie, et lui demande, devinant déjà sa réponse, Et cette demi-bouteille-là?

Compliment de la maison, répond-il, prenant un air encore plus piteux. Est-ce que ça ira?

Sourire aux lèvres, je lui confirme que oui, un demi-flacon de cette concoction délicieuse et gratuite, ça ira très bien. Il semble soulagé, je suis satisfait, le récipient de verre était à moitié plein.

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