mardi 18 décembre 2012

La grande boîte

Dans la ville d'Ishinomaki dévastée par le tsunami, les quincailleries sont florissantes. Des centaines d'ouvriers, qui s'affairent à la reconstruction de mille et une façons, se doivent après tout d'être outillés et vêtus adéquatement.

Ces commerces exercent sur moi un grand pouvoir d'attraction. Pourtant, je ne suis pas habile de mes mains, et sans mes expériences de bénévolat en ces lieux, les occasions de manipuler des outils, manuels comme électriques, se feraient rares. À chacune de mes visites, je suis comme transporté devant tant d'objets, surtout pour leur durabilité. Lors de mon dernier passage avant de retourner à Tokyo, mon regard s'est ainsi posé sur un dispositif de transport qui m'a charmé.


Ce coffret à outils, tout de métal construit, n'était pas seulement de bonne capacité, mais il m'inspirait confiance de par sa solidité et sa rigidité. Il n'a toutefois pas suffi de l'acquérir pour me mettre à l'utiliser au quotidien, au contraire. Le chemin de son adaptation en a même été tortueux, entraînant au passage les premières blessures de guerre sur cette valise, dont certaines sont visibles sur la photo.

C'est que mon quotidien s'axe sur le transport à vélo. Si jusqu'alors j'employais une serviette en tissu que je suspendais du côté gauche de mon guidon, j'ai dû me rendre à l'évidence que ma nouvelle acquisition ne se laisserait pas transporter si aisément.

J'ai d'abord pensé au panier arrière du vélo. L'option s'est néanmoins révélée impraticable, car instable et m'obligeant, le panier étant trop court, à poser la valise latéralement, comme si elle était debout. Quant au panier frontal, il était trop restreint pour accueillir la nouvelle venue. Un panier frontal assez large, voilà ce que je me suis mis à chercher comme meilleure solution. Un vœu à réalisation ardue, les paniers à largeur minimale de 480 mm se font rares, et étaient indisponibles dans les boutiques ayant reçu ma visite.

Il a fallu me mettre à l'affût de vélos abandonnés dotés du panier parfait. Après quelques jours, au retour du party de Noël de mon école d'anglais, s'est mise à travers de mon chemin la bécane parfaite, rouillée, aux pneus dégonflés, au siège poussiéreux, et surtout au panier assez large. Équipé d'un petit tournevis multiusage, j'ai entrepris de le dévisser de ses amarres. C'était sans compter quelques vis récalcitrantes car coincées dans la rouille, me forçant d'utiliser la méthode forte pour le libérer.

Après avoir installé ce nouveau dispositif, une fois rendu chez moi, j'ai tenté l'insertion initiale de ma valise, en n'anticipant aucune difficulté. Horreur! Le panier étant plus un trapézoïde inversé qu'un parallélogramme, il était trop étroit dans sa moitié inférieure, tandis que je n'avais mesuré que sa partie supérieure!

Déçu mais plus motivé que jamais à mener ce projet à bien, je me suis résolu à couper une à une les tiges formant cette partie inférieure plus étroite. Il était tard, et après plus d'une heure au cours de laquelle je ne suis parvenu à sectionner que quelques tiges avec mes petites pinces émoussées, j'ai abdiqué en rejoignant mes draps, la main endolorie.

Le lendemain, la valise à moitié insérée de force dans le panier, je me suis rendu à la boutique cycliste de mon coin, en espérant qu'ils allaient me laisser utiliser de plus grandes pinces, qui j'imaginais devait faire partie de l'attirail de toute bonne boutique. Non seulement on m'a permis de le faire, mais les pinces prêtées étaient énormes, comme je voyais les concierges de mon enfance en utiliser pour couper des cadenas à l'école. En taillant les tiges avec tant de facilité, je ne pus m'empêcher d'imaginer un couteau coupant une livre de beurre par une chaude journée d'été. Les tiges sectionnées, il n'a fallu que mettre des bouchons sur les bouts acérés, puis comme touche finale apposer des coussins sur les vis de fixation (source de grafignes) et le fond du panier. En quelques minutes, j'avais un panier capable de porter ma valise d'espion secret en toute stabilité, marquant ainsi la fin de cette épopée de personnalisation s'étant emparé de mes pensées depuis les derniers jours. Mon père l'ingénieur en serait fier!

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