jeudi 8 novembre 2012

Pardessus le marché

Vous êtes sorti de chez vous à la hâte en n'ayant qu'une petite veste sur le dos. Ce n'est qu'en chemin vers votre rendez-vous, auquel vous êtes en retard, que vous vous apercevez qu'il fait froid, beaucoup trop froid pour être si légèrement vêtu.

Il est trop tard pour rebrousser chemin, et déjà vous vous mettez à grelotter. Pris de panique, vous inventez toutes sortes de scénarios. Vous vous imaginez vous ramasser à l'hôpital, engourdi par une profonde hypothermie, ou pire finir gelé dans une ruelle.

Votre anxiété est pourtant sans fondement. Il fait froid, certes, mais ce n'est pas la Sibérie. Vous survivrez. La prochaine fois, suffira de mieux vous habiller. Mais plus que simplement rajouter des couches, vous devez voir la réalité en face et l'accepter comme telle : vous souffrez de problèmes manteau.

mardi 6 novembre 2012

Influences positives

J'ai appelé mes parents dimanche dernier. D'emblée, la conversation avec ma mère s'est centrée sur mes habitudes de jogging. Je lui en ai parlé volontiers, malgré la surprise d'un sujet si vite amené. J'ai tout compris lorsqu'elle a mentionné qu'un de ses cousins avait récemment été frappé par un chauffard alors qu'il courait le long d'une route en soirée avec un ami. Lorsqu'elle l'avait vu quelques jours après l'accident, il était mal en point, nécessitant des antidouleurs.

Cette mésaventure m'a fait réfléchir. Sans égard à la partie fautive, les cyclistes, les piétons et les joggeurs sortent invariablement perdants de collisions avec des véhicules. Ce cousin de ma mère était probablement aussi prudent que je crois l'être lorsque je jogge. Pourtant il s'est fait fauché.

Ce soir pour ma séance de course à pied, j'ai ainsi réagi. Je me suis rappelé la bandoulière réfléchissante récemment dénichée mais laissée dans son rayon car jugée inutile. Elle me semblait tout à coup idéale, et en tout début de parcours je suis passé au magasin me la procurer. Très confortable, elle m'a rassuré. En fin de course, j'ai même aperçu un homologue qui en portait une semblable. Nous étions unis par notre souci de sécurité!


Lors du même appel, ma mère m'a également indiqué qu'elle s'était mise à faire trente minutes de vélo stationnaire chaque matin, avant de déjeuner. Elle m'a révélé que mon blogue lui avait servi d'inspiration à l'adoption de cette habitude saine, à la lecture des billets dans lesquels j'annonçais mes objectifs quotidiens et hebdomadaires, en matière d'exercice physique et sur d'autres plans.

Lui parler ne m'a non seulement poussé à prendre une mesure concrète pour améliorer ma sécurité, mais m'a aussi permis de constater que moi aussi je pouvais influencer positivement les autres. Je dois lui parler plus souvent à ma maman.

lundi 5 novembre 2012

Son âme pour un hameçon

C'est l'histoire d'un vieil homme. Pêcheur, sa disette s'éternise. Il en est à quatre-vingt-quatre jour sans prise. Un jeune, avec lequel il pêchait à l'époque, lui tient compagnie sur la terre ferme, mais c'est en solitaire que le vieil homme pêche désormais.

Au quatre-vingt-cinquième jour, fidèle à sa routine il quitte le rivage avant l'aube, sans avoir déjeuné. Après quelques heures, au cours desquelles l'obscurité fait place à une lumière croissante, prélude au lever puis à l'ascension du soleil, une de ses lignes s'agite soudain. D'expérience, il sait qu'il en est présence d'un marlin. Il le laisse picosser sur l'appât, puis le ferre. La ligne se raidit sous une énorme tension.

Le poisson entraîne le navire dans son sillage. L'homme se dit que la bête, qu'il devine énorme, ne peut continuer ainsi bien longtemps, mais l'après-midi cède sa place à la soirée, qui devient nuit. Au petit matin, le monstre tire toujours le rafiot.

Le vieil homme a une main qui saigne, car brûlée par la friction de la ligne, et souffre d'une crampe à l'autre. Souhaitant conserver ses forces pour mener à bien son combat, l'homme taille en lanières un petit thon pêché la veille, qu'il mange cru, en se disant qu'il aimerait bien avoir du sel comme assaisonnement, et qu'il aimerait bien avoir le jeune à ses côtés. Ce dernier lui serait d'une précieuse aide.

La suite reste à découvrir. Moi même je l'ignore, car mon signet est inséré au moment ou cela se passe. À la manière de ce vieil homme, il est de bon thon ici de s'armer de patience, et d'éviter de faire le marlin.

dimanche 4 novembre 2012

Calepin


Le chemin parsemé d'études menant à l'examen de compétences linguistiques japonaises, prévu le 2 décembre, est incarné par un cahier rempli de gribouillis multicolores d'une importance capitale. Que Dieu m'emporte si je l'égare.

samedi 3 novembre 2012

Transporté


Il s'agit d'un de mes souvenirs les plus lointains, mais aussi l'un des plus vifs. Par une belle journée d'automne, les éducatrices de la garderie nous avaient emmené voir les trains de la ligne Chūō, depuis un viaduc surplombant les rails.

Je ne devais pas avoir plus de trois ou quatre ans à l'époque, mais je me souviens clairement du son émis par ces ingénieux engins, surtout du son, mais aussi de leur surprenante longueur. Ils semblaient énormes pour le bout de chou que j'étais. Malgré leur taille, on jurait qu'ils se déplaçaient sans effort.

Ce jour-là m'a changé à tout jamais. Ce fut l'étincelle d'une passion qui brûle en moi tout aussi vivement aujourd'hui qu'à l'époque. Au prix d'une persévérance frôlant l'entêtement et en dépit des exhortations de mes proches à tout abandonner, j'ai pu réaliser mon rêve, et je le vis chaque jour depuis des années : je suis pilote d'avion.

vendredi 2 novembre 2012

Shanghai hockey

Parlons hockey, en cette saison où son plus haut niveau fait défaut.

Shanghai se pointe lentement à l'horizon, si le visa répond à l'appel sans anicroche. Dans le cadre d'une courte escapade de cinq jours, j'irai y rejoindre Craig, de Winnipeg, que j'ai rencontré en Thaïlande il y a presque trois ans au hasard d'un gala de Muai Thai. Partageant avec lui l'appréciation du meilleur sport au monde, j'ai eu l'idée de lui proposer d'assister à une joute du Dragon de Shanghai, qui le 14 novembre affrontera les Eagles d'Oji, une équipe japonaise issue d'Hokkaido, de la Ligue d'Asie. C'est avec enthousiasme qu'il a répondu présent.

L'équipe locale n'a aucune victoire cette saison; les visiteurs en ont douze en treize parties. La léthargie n'est pas limitée au calendrier en cours : leur dernier triomphe remonte à 2009-2010, leur seul cette saison-là. À moins d'un coup de théâtre, l'issue en sera donc prévisible. Qu'importe, nous réclamons notre dose hockeyesque, au diable le duel serré.

En 2008-2009, Claude Lemieux a incidemment joué deux matchs pour l'équipe, à l'époque dénommée Sharks. Il s'agissait là de sa phase initiale de remise en forme, dans l'espoir d'effectuer un retour dans la LNH. Sa tentative fut couronnée d'un bref succès : les Sharks de San Jose, commanditaires de leur homonyme de Shanghai, d'où le nom identique, avaient fini par l'insérer dans l'équipe en fin de saison. Lemieux avait accroché ses patins, pour de bon cette fois, après seulement 18 matchs dans la grande ligue (ce qui est tout de même 18 matchs de plus que n'importe qui jouera dans la LNH cette saison, s'il y a maintien en la tendance).

Ce Lemieux m'amène à traiter d'un Lemieux qui jouait pas mal mieux, j'ai nommé Mario. C'est qu'un élève très doué, dénommé Koji mais souhaitant se faire surnommer Ken, m'en a parlé récemment. Il avait reçu des billets des Penguins alors qu'il travaillait à Pittsburgh, au tournant du XXIe siècle. Le hasard a voulu que le match en question ait été marqué par le retour au jeu du Magnifique, après une retraite de trois ans. En cette soirée du 27 décembre 2000, Ken, qui n'avait jamais vu de hockey de sa vie, avait été témoin d'un match historique, au sein d'une foule en liesse accueillant son idole, qui avait compté un but et ajouté deux passes.

Le hockey, c'est bien beau le regarder, il faut aussi le vivre. Samedi dernier, déguisé pour l'occasion en marathonien à la gloire révolue, au hasard d'une intersection de Roppongi encombrée de gens costumés j'ai rencontré Benoît le Québécois, incarnant un canard. Nous nous sommes mis en contact, et celui-ci m'a invité à me joindre à des parties de hockey-balle, organisées presque chaque semaine à divers arénas de Tokyo. Suffira de me procurer un bâton et le tour sera joué, ou plutôt le but sera scoré. Mon propre retour au jeu est prévu le 23 novembre.

À présent, permettez-moi de clore cet exposé sur notre sport national en y allant d'un fait surprenant. En me renseignant sur tout ce beau monde et ces belles équipes, j'ai découvert que Patrick Roy et Mario Lemieux n'ont pas seulement en commun de compter parmi les meilleurs hockeyeurs de l'histoire, ils sont aussi nés le même jour, le 5 octobre 1965. Lemieux, le Roy, la même date, ça m'épate.

jeudi 1 novembre 2012

Chiner pour la Chine

Je devais me lever tôt aujourd'hui, avec l'objectif d'arriver à l'ambassade de la République populaire de Chine au moment même de son ouverture. Je n'ai pas réussi. Le scénario habituel s'est répété : je parviens rarement à amorcer à l'heure voulue les activités sans horaire fixe, ou dont le retard n'entraîne aucune conséquence grave.

Par exemple, j'arrive régulièrement à mes leçons de japonais bien après les coups de dix heures prévus, et il est presque impossible pour moi d'arriver à l'heure d'ouverture de bureaux d'immigration, malgré la potentielle économie de temps ainsi engendrée.

En revanche, je ne suis jamais en retard au travail, l'imponctualité étant un des principaux motifs de congédiement de mon employeur, et qu'en de très rares occasions je manque des rendez-vous importants ou même des rencontres prévues entre amis.

Je suis ainsi arrivé à l'ambassade chinoise plus tard que j'eus voulu. Avant même d'y entrer, j'avais une certaine appréhension, malgré mon dossier complet et mes formulaires dûment remplis. C'est que j'avais entendu de deux amis des histoires contradictoires quant à l'obtention d'un visa de tourisme pour les ressortissants de pays tiers résidant au Japon.
Selon le premier récit, qui finit bien, le personnel de l'ambassade vous remet un beau visa le jour même, et vous repartez heureux et satisfait de l'efficacité sinobureaucratique.

Selon le second, plus sombre, le personnel consulaire ne fournit pas directement ce qui est pourtant un visa tout à fait basique, et vous devez vous rendre dans une agence de voyage jouxtant pratiquement l'ambassade, où des types louches mais bien connectés sont heureux de graisser la machine à visa pour vous, moyennant une contrepartie propre à vous sortir les yeux de leur orbite.
Mes recherches sur Internet concordaient malheureusement avec ce dernier cheminement, et la réceptionniste de l'ambassade n'a pas manqué de me le confirmer. Je suis sorti, mais au lieu d'entrer directement dans l'une des deux agences, car oui il semblait y en avoir deux, je suis passé devant en réfléchissant à la stratégie à adopter. C'est alors que j'ai vu sortir de l'une d'elles l'Anglais qui m'avait précédé à la réception du service consulaire.

Je lui ai demandé les prix exigés, ce à quoi il m'a répondu que pour un visa le jour même, c'était trente mille yens (370$), pour celui au bout de deux ou trois jour ouvrables, onze mille yen, et si je pouvais attendre 4 jours ouvrables, ça revenait à huit mille yens, ce qui représentait tout le même le double des frais de visa théoriques. Pressé par le temps et peu enclin à se faire détrousser de la sorte, ce pauvre type avait décidé d'abandonner l'idée de visiter la Cité interdite au cours d'une escale prochaine dans la capitale chinoise. Je lui ai remercié de m'avoir renseigné, et il m'a fait promettre d'apprécier doublement le pays, pour moi comme pour lui.

À la fois résigné et sur mes gardes, je suis entré dans l'agence, mais pas celle d'où était sorti l'Anglais. Connaissant les prix du concurrent, je me préparais à exercer mes talents de négociation. L'homme au guichet du fond m'a demandé de m'asseoir. Il a examiné mon dossier de demande, qui lui semblait satisfaisant, pour ensuite me confirmer que, puisque mon départ n'était que le treize, j'allais pouvoir venir récupérer mon visa mercredi prochain.

Les frais : sept mille yens, mille de moins qu'à côté. Surpris par ce prix, je n'ai même pas négocié. C'était mieux que prévu, et dans les circonstances j'estimais m'en sortir plutôt bien. J'eus pu lancer une campagne de pression pour forcer l'ambassade à changer ses pratiques pour ainsi éliminer la nécessité d'un tel intermédiaire, mais pareilles protestations indignées iront à une prochaine fois, ou à mon prochain, car on ne badine pas avec la Chine.